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La filature des Longues Haies, 

Fondé en 1895, le tissage Florimond Watel fut repris dans les années 30, par Alfred Motte frères et Jules Porisse.

On lui donne aussi le nom de  "Filatures des Longues Haies" la filature s'ouvrant au 28 de la rue éponyme, devenue aujourd'hui rue Edouard Anselme

On y produisait les Laines du Chat botté.

Cette usine a été détruite par un violent incendie en 1983.

 

 

 

La filature donne sur la rue du Moulin (renommée ensuite rue Jean Moulin) 

et sur la rue des Longues Haies...

 

Le développement de Roubaix est inséparable de l’industrie textile.

En 1800, Roubaix compte 8091 habitants, en 1896 sa population atteint un maximum de 124 661 habitants. Elle est alors une des capitales de l'industrie textile, surnommée "la Manchester française".

La Rue des longues haies symbolise tout à la fois ce passé industriel, la dureté des conditions de vie des ouvriers mais aussi la solidarité et les luttes syndicales et politiques.

 

La rue des Longues Haies

C'était autrefois un sentier: son nom évoque les haies défensives du fief de Roubaix, transformé en bourg par son seigneur Pierre au XVème siècle. Son parcours était parallèle à celui du Trichon, avant que le canal, dans son premier tracé, ne vienne remplacer ce ruisseau ancestral.

Le développement de l’industrie textile au début du XIXème siècle transforme l’ancien chemin de charroi en une rue de grande circulation de plus d’un kilomètre de long. Entre le canal (futurs boulevards Leclerc et Gambetta) et le boulevard de Belfort se construit alors un quartier dont la rue des Longues Haies, classée en 1857, constitue l’épine dorsale.

 

 

En front à rue se succèdent des maisons, des cabarets, des épiceries et presque tous les dix mètres, des courées, sans oublier d’importants établissements industriels, usines dont les hautes cheminées apparaissent sur la photo.

 

A l'entrée de la rue se dresse la boulangerie économique de l'Union

On remarque la double inscription, en français et en flamand, sur le fronton de la boulangerie... Roubaix est alors une grande ville flamande!

On remarque la double inscription, en français et en flamand, sur le fronton de la boulangerie... Roubaix est alors une grande ville flamande!

C'est une parmi la dizaine des coopératives qui se sont alors créées à Roubaix

Les buts que poursuivaient ces sociétés étaient nombreux et variés. Il y avait des sociétés à tendance politique, des coopératives neutres, des coopératives patronales.

Edouard Anseele, dont le nom fut donné à une partie de la rue des Longues Haies à Roubaix, avait fondé en 1876 la grande coopérative de Gand afin de faire rentrer de l’argent dans les caisses du parti socialiste.

Il disait : « La coopérative est une citadelle établie par les socialistes d’où ils bombardent la classe bourgeoise à coups de tartines et de pommes de terre ».

A Roubaix, il y eut deux grandes coopératives s’inspirant de la réussite belge : « L’Avenir du Parti Ouvrier » et « La Paix ». Leur fusion donna une grande société coopérative : « La Paix ». Si, à Gand, en face du Voruit s’était établi le Volkbelang, à Roubaix, en face de « La Paix », s’était établie « L’Union » afin de concurrencer les coopératives socialistes. 

Cette importante boulangerie « L’Union » fut créée par les patrons du syndicat mixte de l’Industrie roubaisienne en 1892. En 1905 elle comptait 13950 adhérents

Elle apporte aux adhérents, outre l'économie résultant de la baisse générale du prix du pain, d'autres nombreux avantages sociaux. La boulangerie économique de l'Union dispose d'un magasin de vente de pain, de charbon, d'une bibliothèque populaire, d'un dispensaire-école de la Croix Rouge et d'un dispensaire-mutualiste.

 

Rue des Longues Haies on vit au rythme de la filature

Le Mont de Piété

Il tenait une place centrale dans la rue. On y mettait en gage le plus précieux des objets personnels pour obtenir un prêt et finir la semaine ou la quinzaine... On disait "aller chez ma tante"... Quand on avait touché son salaire on allait ensuite "dégager" tout comme la dintellière lilloise du P'tit quinquin

1910 BN Rbx

 

Les courées

En 1901, tout est bâti, une quarantaine de courées aboutissent dans la rue par de longs couloirs s'ouvrant entre les estaminets et les petits commerces.  

Entre les deux alignements de petites maisons, se trouvent un point d'eau (une pompe) et au fond les toilettes communes ainsi que les casiers à charbon. On accroche le linge à des fils qui courent entre les maisons.

Plus de trois mille habitants vivent dans ce quartier ouvrier pauvre. La plupart sont ouvriers du textile.

A voir jusque au point 4 mn. Vidéo de la classe STS du lycée J. Rostand à Roubaix

Les bains douches

L'été 1911 l'ouverture des Bains douches dans la rue des Longues Haies permet aux habitants de se laver dans de meilleures conditions. 

On attend son tour assis sur un banc, et pour 20 centimes on reçoit du savon et on peut se décrasser pendant 20 minutes. 

 

journal de Roubaix 1911

Mais les 20 cabines ne suffisent pas, et les prix montent... Cet article dans "Le Combat organe communiste révolutionnaire du Nord" le 27 juin 1914 enjoint la municipalité d'ouvrir des bains plus nombreux, à des prix bas.

 

 

 

Les estaminets sont nombreux dans la rue.

A l'entrée de la rue, avant d'arriver à l'Union, on passe devant l'estaminet Carpentier à gauche. A droite se trouve un des plus anciens estaminets roubaisien, "La planche trouée", ainsi nommé soit parce que l'on devait passer sur une planche en mauvais état pour y entrer, soit parce que les lieux d'aisance y était réduits à leur plus simple expression...

 

 

 

 

"L'estaminet A la planche trouée", tableau de J.R.Itier, huile sur toile 1928 La Piscine Musée A. Diligent, photo A.Leprince

On s'y retrouve pour oublier le travail épuisant et les conditions de vie.

Mais, si on en croit la chanson d'O. Décottigies ce sont des lieux de "débauchemin" de la jeunesse

 

 

Le travail dans les usines a attiré des Belges, en particulier Flamands, que l'on appelle "pot au burre".

Ce nom a désigné particulièrement ceux qui franchissaient tous les matins la frontière avec leur casse croûte. Nombreux sont ceux qui feront souche à Roubaix et dans la région. Les noms de famille en portent souvent témoignage.

 

BNRbx

 

 

 

Cette chanson montre que ces travailleurs immigrés n'étaient pas toujours appréciés, on les accuse de "casser les prix" (1er couplet), de ne pas payer les impôts (3ème et 6ème c.) de frauder et donc de voler le gouvernement (5ème c.), de ne pas faire de service militaire et de prendre la place de ceux qui ont tiré un mauvais numéro (4ème c.), de prendre le pain des petits Français (6ème c.)...

 

Le développement des syndicats et des partis

Points de rencontre et de discussions, c'est aussi dans les estaminets que recrutent partis et syndicats. 

Portrait de groupe de la milice de défense ouvrière 2e et 3e secteurs du parti socialiste de Roubaix posant devant la presse de Gérard Fontenay située au 180, rue des Longues Haies en 1934. (BNRbx CP_A07_L3_011)

 

Grèves et manifestations

Lorsque le travail manque, que les salaires baissent alors que les prix montent, la colère monte...

Ainsi en mai 1931, la réduction des salaires de 10% puis de 4% pousse 114500 ouvriers sur les 127601 que compte l'industrie textile locale (sources patronales) à se mettre en grève.

La rue des Longues Haies fut le témoin, au milieu du mois de juin 1931, de terribles bagarres qui continuèrent jusqu'au soir après que les grévistes des entreprises textiles furent refoulés de la rue de Lannoy.

 

Maxence Van der Meersch évoque avec lyrisme cette période dans son roman "Quand les sirènes se taisent" qui parait en 1933.

 

Les premiers temps, d'ordinaire, la grève comporte un certain charme, pour les hommes surtout. On ne quitte plus le cabaret. On discute interminablement, on boit le reste de ses « dimanches », on rentre saoul chaque soir. Et c'est le bon temps pour les cabaretiers. Puis, l'argent se fait rare. Le crédit se lasse. S'il fait beau, ce n'est rien encore. Les uns s'en vont pêcher. D'autres jardinent. D'autres se promènent dans les champs. Des tas de gens vautrés dans l'herbe dorment au soleil, tels des rentiers. Mais quand la mauvaise saison arrive, et avec elle la disette, on commence à déchanter. La femme, elle, depuis le premier jour, a crié misère.

http://www.albin-michel.fr/ouvrages/quand-les-sirenes-se-taisent-9782226039927

Une rue disparue, un quartier transformé...

En 1938 la rue des Longues Haies change de nom et s'appelle "rue E. Anseele"

En 1957 le conseil municipal décide la rénovation du quartier, la démolition commence.

Le 28 juin 1983 l'usine du Chat botté disparaît dans un violent incendie.

Aujourd'hui il ne reste quasiment plus rien de ce quartier....

Des sites pour prolonger le sujet...

Tag(s) : #Lille histoire

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